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La religion à la rescousse de la laïcité

Suite à la déclaration de la Conférence des responsables de culte en France, la journaliste Hélène Rouquette-Valeins publie aujourd’hui dans le quotidien régional Sud Ouest, un article intitulé « La religion à la rescousse de la laïcité ». Les religieux rejettent le débat. Le président de l’Observatoire de la laïcité s’interroge sur la place des religions dans la sphère publique en France.

En janvier 2008, pour les vœux aux autorités religieuses, Mgr Vingt-Trois, le pasteur Baty et le métropolite Emmanuel rendaient visite à Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, les mêmes signent un appel en compagnie du grand rabbin Bernheim, de M. Moussaoui et du révérend Wang-Genh. AFP

Ils sont six mais ont signé comme un seul homme (voir la liste des signataires à la fin de la déclaration de la Conférence des responsables de culte en France). La Conférence des responsables de culte en France – qui regroupe les six instances responsables du bouddhisme, des églises chrétiennes (catholique, orthodoxe, protestante), de l’islam et du judaïsme – refuse de participer au débat sur la laïcité maintenu le 5 avril prochain par Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP.

Ses membres l’ont fait savoir dans une tribune intitulée « Débat sur la laïcité : sérénité et vigilance », dans laquelle ils appellent à « ne pas dilapider ce précieux acquis » qu’est selon eux la laïcité à la française. Tout en haussant courtoisement le ton, les religieux montrent qu’ils ne sont pas dupes. Le débat soutenu par Nicolas Sarkozy, mais dont Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, estime qu’il « n’est pas le premier sujet qui préoccupe les Français » cache, selon Jean-Michel Quillardet, président de l’Observatoire de la laïcité et ancien grand maître du Grand Orient de France, « une volonté un peu sourde du chef de l’État de modifier sans le dire la loi de 1905 ».

Il souligne l’aspect positif de la tribune libre écrite par les religieux. Elle montre selon lui qu’ils ne veulent pas être instrumentalisés et se méfient de ce débat, qui cache en fait un débat sur l’islam lancé dans la course à l’échalote que l’UMP a engagée avec le FN. « Néanmoins, souligne-t-il, à la lecture de ce texte quelque chose me paraît inquiétant. » (…)

La commission Machelon

Et de faire allusion à la phrase où les signataires de la tribune évoquent les travaux de la commission Machelon (sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics) « qui a permis la publication de plusieurs circulaires dont la dernière, du 23 juin 2010, aborde d’une manière détaillée les différents aspects liés au support institutionnel du culte en France ».

Sébastien Fath, sociologue, chercheur au CNRS au Groupe sociétés, religions, laïcités, est très critique envers le rapport. Il estime en effet qu’en voulant étendre aux « religions post-1905 » les avantages accordés aux « pré-1905 », le rapport « propose un Concordat light pour l’ensemble de l’Hexagone ».

Allusion à l’existence en Alsace-Moselle d’un Concordat permettant de payer les représentants des cultes avec l’argent public. Jean-Michel Quillardet estime lui aussi que « l’on a donné trop de place dans nos sociétés aux religions. Il faudrait un peu plus de distanciation ».

Le président de l’Observatoire de la laïcité reproche à Nicolas Sarkozy de mener un projet politique à l’anglo-saxonne. « Pour lui, la religion représente l’ordre et la morale, et il est donc plus facile d’avoir en face de soi des représentants de communautés religieuses que des citoyens ».

La tentation ne date pas d’hier, le chef de l’État ayant commencé en 2007 avec son discours du Latran qui affichait « la supériorité du curé sur l’instituteur ». Plus récemment, le discours de Vezelay sur les origines chrétiennes de la France a enfoncé le clou.

Un cadeau à Marine Le Pen

« C’est oublier un peu vite, note Jean-Michel Quillardet, qu’il y a eu une rupture en France en 1789 et que les racines du pays plongent aussi dans les Lumières ».

La philosophe Catherine Kintzler va plus loin. Elle analyse son article comment, depuis trente ans, les « égarements politiques », « à force d’amollir la laïcité, d’en nier l’essence au point d’introduire le discours religieux comme légitime dans le domaine de l’autorité publique », ont offert la laïcité, « ce cadeau inespéré bichonné par de longues années d’aveuglement des politiques de gauche comme de droite », à Marine Le Pen. (Lire à ce titre Comment la laïcité a été offerte en cadeau au Front national de Catherine Kintzler)

Ce qui fait dire à Jean-Michel Quillardet : « Dans la campagne pour 2012, il va falloir que les partis politiques se positionnent sur la loi de 1905 et sur la place des religions dans la société ».

Mgr Bernard Podvin, porte-parole des évêques de France, préfère rappeler l’opinion de Jean-Paul II en 2005 : « La laïcité doit être l’espace pour un dialogue constructif dans l’esprit des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité auxquelles le peuple de France est fort justement très attaché. Elle ne doit pas être le lieu d’un affrontement ». Une autre façon de dire que si les pouvoirs publics peuvent s’inquiéter d’un ordre public respecté par les religions, on voit mal l’intérêt de remettre en cause une laïcité plus que centenaire.

 

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