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Fanatisme religieux et fanatisme identitaire

À quelques mois des élections présidentielles, l’on assiste à une surenchère démagogique et populiste de nombreux candidats et à une véritable hystérie autour des débats sur l’identité.

Montesquieu a écrit : « Français que par hasard et nécessairement homme (…) ».

La première identité, c’est l’identité humaniste.

La démocratie, le respect de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789, de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies, la liberté de conscience, le droit de croire ou de ne pas croire, constituent une identité qui est supérieure à l’identité culturelle, géographique, ou ethnique…

Je suis fier, en ce qui me concerne, d’être français, lorsque l’histoire me renvoie les Lumières, la Révolution de 1789, la Révolution de 1830, la Révolution de 1848, les grandes lois de la IIIème République, la Résistance (Jean Moulin, Jean Zay, Pierre Brossolette, Germain Tillon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz …), mais je ne suis pas fier d’être français lorsque je pense au Comité de salut public, aux guerres napoléoniennes, à la répression sanglante des communards, aux ligues de la IIIème République et au régime de Vichy, à la guerre d’Algérie, à l’affaire du métro Charonne…

Être fier d’être français ne veut par conséquent rien dire : nous sommes fiers et heureux de vivre dans une démocratie, qui respecte l’humanisme et qui respecte les textes internationaux des droits de l’homme.

Et c’est donc vrai pour beaucoup d’autres pays.

La France a longtemps été dominée par la théocratie catholique.

En 2016, elle est le fruit de multiples sources, la source chrétienne, bien sûr, la source judaïque, les Lumières anticléricales, et tous les apports culturels et historiques des populations qui sont venues rejoindre le sol national, en particulier polonais, italiens, portugais, espagnols, maghrébins, arabes, africains, asiatiques …

Oui, une France multiculturelle où chacun peut trouver sa place.

Or aujourd’hui, cette France-là est mise en cause par deux intégrismes de nature différente mais qui se rejoignent sur la même idée : la dictature des esprits.

L’intégrisme religieux, d’où qu’il vienne, est une plaie…

L’intégrisme islamique, au-delà même du terrorisme, qui ne reconnaît pas l’égalité hommes femmes, l’homosexualité, la liberté de conscience, le droit de changer de religion ou de ne pas croire, doit être dénoncé toujours avec force et vigueur.

La récente étude de l’institut Montaigne démontre que 2% de la population française, d’origine musulmane, est radicalisée ou en voie de radicalisation…

2% c’est naturellement trop, mais la République n’est pas menacée par ces 2% là, même si elle doit les combattre.

Et il faut, par les recherches en sciences sociales, sociologiques, se demander pourquoi des jeunes issus de la culture musulmane se sont ces dix dernières années autant radicalisés.

Expliquer ce n’est pas justifier, expliquer, rechercher, c’est permettre de trouver des solutions pour mettre fin à cette radicalisation.

Toutes les religions sont cependant de même concernées.

On a vu les réactions d’une grande partie de la communauté catholique lors de la loi permettant le mariage des personnes de même sexe, ou lors des débats sur la bioéthique…

Il existe un intégrisme juif, un intégrisme des églises évangéliques venant du courant protestant, le créationnisme, sans parler des sectes comme l’église de scientologie ou les témoins de Jéhovah dont personne ne parle jamais.

Circonscrire les questions d’identité uniquement sur la question musulmane n’est donc que réductrice et incontestablement stigmatisante.

La République a aujourd’hui un dispositif législatif suffisant à sa disposition, pour lutter efficacement contre ces dérives.

Mais il existe un deuxième intégrisme, l’intégrisme identitaire.

Tout le monde aujourd’hui scande la République, les valeurs de la République, mais cette République, ses valeurs, qui n’ont jamais été véritablement définies d’ailleurs, sont salies par beaucoup de ceux qui sous prétexte de lutter contre l’intégrisme religieux, élèvent une statue à l’identité française.

Comment accepter qu’un éditorialiste d’une grande radio populaire puisse partout dénoncer les françaises et les français qui donnent des noms étrangers ou d’une autre culture à leurs enfants ?

Comment peut-on accepter que l’on puisse imposer l’assimilation sans autres formes de procès, en refusant et en niant l’intégration ?

Comment peut-on accepter qu’au nom de la laïcité, on veuille faire taire les musulmans, mais au contraire rappeler les racines chrétiennes de la France ?

Comment peut-on accepter cette hystérisation autour du port du foulard et du burkini ?

La lepenisation des esprits est en marche et aujourd’hui on pourrait même dire la « zemmourisation » pour reprendre l’expression d’Alain Jakubowicz !!

Ce n’est pas la démocratie, ce n’est pas de l’humanisme, ce n’est pas la République.

Et pourtant ce courant pourrait rassembler lors des prochaines élections présidentielles, des millions d’électeurs…

Les républicains, les démocrates, les humanistes, se reconnaissent dans la modération, dans la bienveillance, dans la tolérance.

On ne peut pas accepter qu’au nom de la laïcité on souhaite brider la liberté d’expression de ceux et celles qui ont un autre point de vue, une autre manière d’aborder l’application de ce principe dans notre société…

On peut être en désaccord avec les thèses développées par la Libre pensée, la Ligue des droits de l’homme, la Ligue de l’enseignement, l’Observatoire national de la laïcité, mais ces quatre organisations sont-elles des adversaires, des ennemies ?

Pour nous, la réponse est évidemment non.

La laïcité républicaine et la liberté d’expression, la laïcité et le droit en la différence, la laïcité et le droit à la vie privée, sont parfaitement compatibles.

Une laïcité qui ne supporterait pas le débat ne serait pas une laïcité républicaine.

La laïcité qui s’imposerait à tous, en tout lieu et à tout moment, serait le contraire du principe de laïcité.

Sachons raison garder, reprenons nos esprits.

Si les valeurs de la République ont un sens c’est bien dans la force de la démocratie, le projet humaniste, la réconciliation de la liberté et de l’égalité par la fraternité.

La République est menacée par le terrorisme et les pouvoirs publics font tout ce qu’ils peuvent pour l’éradiquer, alors même que ce terrorisme prend des formes inattendues et qui relèvent souvent aussi de la psychiatrie…

La République n’est pas menacée par l’intégrisme religieux car il est minoritaire dans toutes les religions mais la République doit être ferme à son endroit : la plupart du temps, elle l’est, dans le respect de l’état de droit et le Conseil d’État l’a récemment rappelé. En revanche la République peut être menacée par ces nouveaux républicains purs et durs, qui se croient revenus au temps de 1793 pour en quelque sorte « purifier » la France.

Ce combat-là, nous devons le mener dans les urnes.

Puissent les républicains sincères et courageux, se rappeler leur histoire, leurs principes et leur projet d’émancipation de chacun.

L’identité heureuse ?

Peut-être.

En tout cas, identité multiple, apaisée et rassemblée.

L’Observatoire International de la Laïcité Contre les Dérives Communautaires

Son Président, Jean-Michel Quillardet

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Catégories :Laïcité, République, Société
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