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Fanatisme religieux et fanatisme identitaire

À quelques mois des élections présidentielles, l’on assiste à une surenchère démagogique et populiste de nombreux candidats et à une véritable hystérie autour des débats sur l’identité.

Montesquieu a écrit : « Français que par hasard et nécessairement homme (…) ».

La première identité, c’est l’identité humaniste.

La démocratie, le respect de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789, de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies, la liberté de conscience, le droit de croire ou de ne pas croire, constituent une identité qui est supérieure à l’identité culturelle, géographique, ou ethnique…

Je suis fier, en ce qui me concerne, d’être français, lorsque l’histoire me renvoie les Lumières, la Révolution de 1789, la Révolution de 1830, la Révolution de 1848, les grandes lois de la IIIème République, la Résistance (Jean Moulin, Jean Zay, Pierre Brossolette, Germain Tillon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz …), mais je ne suis pas fier d’être français lorsque je pense au Comité de salut public, aux guerres napoléoniennes, à la répression sanglante des communards, aux ligues de la IIIème République et au régime de Vichy, à la guerre d’Algérie, à l’affaire du métro Charonne…

Être fier d’être français ne veut par conséquent rien dire : nous sommes fiers et heureux de vivre dans une démocratie, qui respecte l’humanisme et qui respecte les textes internationaux des droits de l’homme.

Et c’est donc vrai pour beaucoup d’autres pays.

La France a longtemps été dominée par la théocratie catholique.

En 2016, elle est le fruit de multiples sources, la source chrétienne, bien sûr, la source judaïque, les Lumières anticléricales, et tous les apports culturels et historiques des populations qui sont venues rejoindre le sol national, en particulier polonais, italiens, portugais, espagnols, maghrébins, arabes, africains, asiatiques …

Oui, une France multiculturelle où chacun peut trouver sa place.

Or aujourd’hui, cette France-là est mise en cause par deux intégrismes de nature différente mais qui se rejoignent sur la même idée : la dictature des esprits.

L’intégrisme religieux, d’où qu’il vienne, est une plaie…

L’intégrisme islamique, au-delà même du terrorisme, qui ne reconnaît pas l’égalité hommes femmes, l’homosexualité, la liberté de conscience, le droit de changer de religion ou de ne pas croire, doit être dénoncé toujours avec force et vigueur.

La récente étude de l’institut Montaigne démontre que 2% de la population française, d’origine musulmane, est radicalisée ou en voie de radicalisation…

2% c’est naturellement trop, mais la République n’est pas menacée par ces 2% là, même si elle doit les combattre.

Et il faut, par les recherches en sciences sociales, sociologiques, se demander pourquoi des jeunes issus de la culture musulmane se sont ces dix dernières années autant radicalisés.

Expliquer ce n’est pas justifier, expliquer, rechercher, c’est permettre de trouver des solutions pour mettre fin à cette radicalisation.

Toutes les religions sont cependant de même concernées.

On a vu les réactions d’une grande partie de la communauté catholique lors de la loi permettant le mariage des personnes de même sexe, ou lors des débats sur la bioéthique…

Il existe un intégrisme juif, un intégrisme des églises évangéliques venant du courant protestant, le créationnisme, sans parler des sectes comme l’église de scientologie ou les témoins de Jéhovah dont personne ne parle jamais.

Circonscrire les questions d’identité uniquement sur la question musulmane n’est donc que réductrice et incontestablement stigmatisante.

La République a aujourd’hui un dispositif législatif suffisant à sa disposition, pour lutter efficacement contre ces dérives.

Mais il existe un deuxième intégrisme, l’intégrisme identitaire.

Tout le monde aujourd’hui scande la République, les valeurs de la République, mais cette République, ses valeurs, qui n’ont jamais été véritablement définies d’ailleurs, sont salies par beaucoup de ceux qui sous prétexte de lutter contre l’intégrisme religieux, élèvent une statue à l’identité française.

Comment accepter qu’un éditorialiste d’une grande radio populaire puisse partout dénoncer les françaises et les français qui donnent des noms étrangers ou d’une autre culture à leurs enfants ?

Comment peut-on accepter que l’on puisse imposer l’assimilation sans autres formes de procès, en refusant et en niant l’intégration ?

Comment peut-on accepter qu’au nom de la laïcité, on veuille faire taire les musulmans, mais au contraire rappeler les racines chrétiennes de la France ?

Comment peut-on accepter cette hystérisation autour du port du foulard et du burkini ?

La lepenisation des esprits est en marche et aujourd’hui on pourrait même dire la « zemmourisation » pour reprendre l’expression d’Alain Jakubowicz !!

Ce n’est pas la démocratie, ce n’est pas de l’humanisme, ce n’est pas la République.

Et pourtant ce courant pourrait rassembler lors des prochaines élections présidentielles, des millions d’électeurs…

Les républicains, les démocrates, les humanistes, se reconnaissent dans la modération, dans la bienveillance, dans la tolérance.

On ne peut pas accepter qu’au nom de la laïcité on souhaite brider la liberté d’expression de ceux et celles qui ont un autre point de vue, une autre manière d’aborder l’application de ce principe dans notre société…

On peut être en désaccord avec les thèses développées par la Libre pensée, la Ligue des droits de l’homme, la Ligue de l’enseignement, l’Observatoire national de la laïcité, mais ces quatre organisations sont-elles des adversaires, des ennemies ?

Pour nous, la réponse est évidemment non.

La laïcité républicaine et la liberté d’expression, la laïcité et le droit en la différence, la laïcité et le droit à la vie privée, sont parfaitement compatibles.

Une laïcité qui ne supporterait pas le débat ne serait pas une laïcité républicaine.

La laïcité qui s’imposerait à tous, en tout lieu et à tout moment, serait le contraire du principe de laïcité.

Sachons raison garder, reprenons nos esprits.

Si les valeurs de la République ont un sens c’est bien dans la force de la démocratie, le projet humaniste, la réconciliation de la liberté et de l’égalité par la fraternité.

La République est menacée par le terrorisme et les pouvoirs publics font tout ce qu’ils peuvent pour l’éradiquer, alors même que ce terrorisme prend des formes inattendues et qui relèvent souvent aussi de la psychiatrie…

La République n’est pas menacée par l’intégrisme religieux car il est minoritaire dans toutes les religions mais la République doit être ferme à son endroit : la plupart du temps, elle l’est, dans le respect de l’état de droit et le Conseil d’État l’a récemment rappelé. En revanche la République peut être menacée par ces nouveaux républicains purs et durs, qui se croient revenus au temps de 1793 pour en quelque sorte « purifier » la France.

Ce combat-là, nous devons le mener dans les urnes.

Puissent les républicains sincères et courageux, se rappeler leur histoire, leurs principes et leur projet d’émancipation de chacun.

L’identité heureuse ?

Peut-être.

En tout cas, identité multiple, apaisée et rassemblée.

L’Observatoire International de la Laïcité Contre les Dérives Communautaires

Son Président, Jean-Michel Quillardet

Catégories :Laïcité, République, Société

CONFUSIONS D’UN ÉTÉ

Sydney, AUSTRALIA: Mecca Laa Laa wearing a full body covering known as the 'burqini', prepares for patrol at Sydney's Cronulla beach, 04 February 2007. Australia's first group of Muslim lifesavers hit the sands of Sydney's Cronulla beach, just over a year after mobs of whites attacked Lebanese Australians there in a bid to "reclaim the beach." The race riots, the country's worst of modern times, sparked a series of retaliatory attacks in which churches, shops and cars were trashed and left Australians of Middle Eastern appearance fearful of going to the beach. AFP PHOTO/Anoek DE GROOT (Photo credit should read ANOEK DE GROOT/AFP/Getty Images)

 

 

L’été a été source de nombreuses confusions en matière d’application du principe de laïcité.

L’État est garant de la liberté des cultes et du respect de l’ordre public. À cet égard dans le cadre de la police administrative, les maires ont en effet la possibilité de prendre des arrêtés en cas de troubles manifestes à l’ordre public et le bureau des cultes du ministère de l’Intérieur est chargé d’un certain contrôle de légalité des pratiques cultuelles.

Que le gouvernement s’intéresse à l’organisation de l’Islam en France, rien de plus normal. Mais que le président de la République nomme le président d’une fondation de droit privé, chargée du financement de l’Islam et de l’organisation du culte musulman, paraît totalement extravagant.

Une fondation reconnue d’utilité publique a, de droit, en son conseil d’administration des représentants du ministère de l’Intérieur et du ministère de l’Économie et des finances. Cependant, il est assez rare que le gouvernement nomme les présidents et les membres dudit conseil d’administration autres que les représentants de l’État, surtout s’agissant d’une fondation concernant une religion.

Enfin, que l’on ait nommé à la tête de cette institution un non-musulman est absurde et insultant à l’égard des musulmans de France.

Imagine-t-on un non-juif à la tête du consistoire ou du CRIF, ou un athée à la tête du secours catholique ?… Ainsi n’y a-t-il aucune personnalité musulmane dotée de qualité de diplomatie et de gestion qui soit capable de présider une telle structure ? Tahar Ben Jelloun membre de l’Académie Goncourt en a été nommé vice-président, pourquoi pas président ? Le silence gêné des musulmans de France à cet égard montre leur degré d’encaissement des coups qui leurs sont finalement quotidiennement portés. Alors même que Jean-Pierre Chevènement appelait les musulmans de France à plus de discrétion ! Et les catholiques, et les tenants de la religion juive, sont-ils plus discrets ? Les auteurs de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’État doivent se retourner dans leur tombe !!! Première confusion.

Ensuite nous avons eu droit à la chasse au burkini.

Le Conseil d’État dans sa sagesse a rappelé de manière impeccable la loi. Certes, il s’agit d’une ordonnance d’appel d’un référé, et le Conseil d’État devra réaffirmer sa position au fond. Néanmoins la simple lecture de l’arrêt du Conseil d’État rappelle les principes élémentaires en la matière.

Que la multiplication des burkinis sur certaines plages soit une provocation d’intégristes musulmans, cela ne fait aucun doute. Mais répondre à une provocation par une autre provocation nous paraît d’une maladresse politique grave.

D’abord on dénote, dit-on plus de 4 millions de musulmans en France. Et l’on a constaté quelques dizaines de burkinis sur des plages très ciblées : où est le danger quant à cet « envahissement » ?

Les provocateurs ont réussi leur coup puisqu’il a été répondu par un certain nombre de maires, soutenus par des politiques éminents et en particulier le Premier ministre par, au nom de la laïcité et de l’asservissement des femmes, la sanction, la punition, l’interdiction, alors que la seule réponse était l’indifférence.

Il ne s’agit pas d’un problème de laïcité puisque le burkini n’est pas un signe religieux, et il est même dénoncé par les islamistes les plus radicaux. La neutralité confessionnelle, la laïcité, relèvent du domaine public et du service public. Elles ne peuvent être étendues à tous les espaces et à tous les actes de la vie des personnes privées qui vivent en France.

Par ailleurs, confondre la lutte contre le burkini et la lutte contre le terrorisme islamiste est évidemment un raccourci intellectuel tout à fait inacceptable. Ces réactions agressives peuvent pousser un certain nombre de musulmans, hier modérés, dans les bras d’un islamisme plus radical. C’est exactement ce que cherchent les intégristes. Sachons garder raison.

Quant à l’asservissement des femmes, qui, au nom des femmes, peut juger ex abrupto que les femmes portant le burkini, ou le foulard, ne le font pas librement et qu’elles sont, par principe, par nature, soumises à leur milieu social et culturel ou à leurs époux et compagnons ? Qu’il y ait des femmes contraintes, personne ne peut le nier mais nous ne pouvons pas occulter le fait que beaucoup de femmes, et peut-être la plupart, portent le foulard et le burkini, de manière totalement libre.

Le nouveau courant républicaniste concernant l’application de la laïcité en la rendant punitive, exclusive, autoritaire, est à notre sens une erreur grave. Plus on dénoncera, on interdira, on exclura au nom de la laïcité et plus la laïcité éloignera de nombreuses couches de notre population des principes républicains. Plus on voudra étendre la laïcité à tous, à tout moment et partout, et plus la laïcité sera affaiblie.

Ce n’est pas d’autre part en utilisant les mêmes mots, les mêmes armes, les mêmes concepts et les mêmes discours du Front National que l’on pourra lutter contre le Front national et celui-ci naturellement se réjouit de ce qui s’est passé en France, cette réaction épidermique et agressive qui ne fait que le lit de tous les extrémismes et de tous les intégrismes.

Toutes les religions ont eu et ont encore des problèmes avec l’égalité hommes femmes, l’acceptation de l’homosexualité et la liberté des mœurs… C’est vrai du catholicisme, du judaïsme et de l’islam. Dans l’application de la laïcité, en ce moment, n’est visée que la religion musulmane. Beaucoup de musulmans se considèrent stigmatisés de manière abusive. Qu’on le veuille ou non, notre société est multiculturelle et le multiculturalisme peut-être une chance pour la France.

Il ne s’agit aucunement de reconnaître des droits à des communautés en tant que telles, mais de considérer chaque être humain comme un sujet de droit libre et égal entre tous.

La laïcité peut être perçue par certains comme une arme pour défendre l’identité française et en particulier son identité chrétienne, or c’est le contraire de la laïcité. Les valeurs de la République ne s’imposent pas par la force, mais par l’enseignement, la pédagogie et la conviction. Pour que l’universalisme de ses valeurs soit reconnu il ne faut pas appeler et obliger à l’assimilation. Il faut accentuer au contraire les politiques d’intégration face à une société qui se déstructure économiquement et socialement. Dans certains quartiers ou dans certaines cités, déshumanisés, le lien nécessaire entre l’homme et la société, entre le citoyen et la République, est rompu. C’est à ce défi que nous devons tous nous atteler.

Il faut accompagner l’islam de France dans une évolution nécessaire d’un certain nombre de ses pratiques et de ses dogmes. Des musulmans représentants, ce qu’ils appelaient eux-mêmes « l’élite », l’ont clairement dit dans différentes tribunes. Ce n’est pas suffisant : il faut que l’islam s’organise avec des interlocuteurs légitimes et représentatifs auprès des pouvoirs publics. L’islam doit incontestablement travailler à sa propre révolution des esprits.

La laïcité, valeur universelle, quoi que spécifiquement française, est un moyen d’aider à cette transformation et à cette intégration.

L’OBSERVATOIRE INTERNATIONAL DE LA LAÏCITÉ

CONTRE LES DÉRIVES COMMUNAUTAIRES.

Son Président,

Jean-Michel Quillardet

Religion et entreprises

istock-lentreprise-religion-fait-religieux-1_5478260L’article concernant l’expression religieuse dans les entreprises introduit dans la loi El Khomri et qui reprend l’article 6 du projet élaboré par Robert Badinter sur les principes essentiels du droit du travail fait polémique.

Cet article 6 stipule :

« La liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître de restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise si elles sont proportionnées au but recherché. »

L’état actuel du droit est le suivant.

L’article L1121-1 prescrit :

« Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. »

L’article L 2281-1 quant à lui dispose :

« Les salariés bénéficient d’un droit à l’expression directe et collective sur le contenu, les conditions d’exercice et l’organisation de leur travail.  »

Dans l’état actuel du Code du travail, il n’est fait référence à aucune expression de nature religieuse mais est simplement cadré la liberté d’expression et la liberté d’opinion du salarié dans le cadre des textes susdits.

C’est la jurisprudence qui a été amenée à se prononcer sur le cas de convictions religieuses affirmées par des salariés au sein de l’entreprise.

On peut résumer cette jurisprudence de la manière suivante.

L’employeur est tenu de respecter les opinions et les convictions religieuses de ses salariés.

Ces derniers ne sauraient pour autant réclamer un traitement particulier en raison de leurs croyances dès lors qu’il n’existe aucune stipulation contractuelle ou d’usage en ce sens (Cour de Cassation arrêt du 24 mars 1998).

La Cour d’appel de Versailles le 23 janvier 1998 a par ailleurs très clairement indiqué que les salariés devaient se garder de tout prosélytisme susceptible de porter atteinte à la bonne marche de l’entreprise.

Un employeur peut interdire le port d’un signe religieux pour des raisons objectives étrangères à toute discrimination, notamment pour des raisons de sécurité ou en cas de risque de problème relationnel, ou avec la clientèle ou les autres salariés…

Il a été ainsi jugé légal l’interdiction du port d’un foulard islamique, faite à une vendeuse d’un centre commercial ou à une technicienne de laboratoire en contact avec la clientèle dans un lieu ouvert à un large public de convictions variées, ou à une éducatrice dans une crèche privée accueillant des enfants de tous horizons culturels ou religieux…

Dans le droit du travail actuel, le principe de la liberté d’opinion des salariés au sein de l’entreprise est donc cadré juridiquement.

Il n’est pas spécifié particulièrement la conviction religieuse.

Le projet Badinter repris par la loi présentée par Mme El Khomri introduit dans le code du travail expressément l’opinion religieuse…

C’est une incongruité voire provocation inopportune.

Nous pensons par conséquent qu’il convient d’en rester au droit actuel et à son application jurisprudentielle, alors même d’ailleurs que la formulation reprise par Mme El Khomri est plus générale et donc ambiguë que les termes de l’actuel législation.

Ce serait la possibilité de nouveaux contentieux qu’il vaut mieux, dans l’état actuel de notre société, éviter.

L’OBSERVATOIRE INTERNATIONAL DE LA LAÏCITÉ CONTRE LES DÉRIVES COMMUNAUTAIRES.
Son Président,
Jean-Michel Quillardet

DÉCHÉANCES

La constitutionnalisation de l’état d’urgence et de la déchéance de nationalité étendue proposée par le président de la République ne va pas dans le bon sens.

Contrairement à ce qu’a dit le Premier ministre, personne ne s’égare lorsque l’on s’oppose au nom des valeurs à des textes juridiques qui vont à l’encontre des principes fondamentaux de la République et de la démocratie.

On ne combat pas l’extrême droite française en reprenant purement et simplement ses thèses, c’est au contraire la cautionner et la légitimer.

On ne combat pas le terrorisme en suspendant les règles démocratiques, car c’est le but poursuivi par le terrorisme lui-même.

On ne combat pas le sectarisme en faisant de l’État de droit un État d’exception.

Ce que cherchent les terroristes islamistes, c’est que l’on réponde à leur violence aveugle par une même violence pour déstabiliser notre société fondée depuis 1789, sur le respect des libertés individuelles et collectives.

Ce que l’extrême droite française cherche, c’est mettre en place un régime autoritaire, pouvant imposer le point de vue du pouvoir exécutif à tout moment et en toutes circonstances faisant fi des droits des minorités.

Si l’extension de la déchéance de nationalité ne pose pas de problème en soi face aux barbares, elle n’en est pas moins un risque majeur pour l’évolution de nos sociétés.

Frappé au marbre même de la Constitution de la République française, elle restera pour toujours un symbole de cette distinction entre les Français dit de souche et ceux qui ne le sont pas tout à fait…

À partir de cette constitutionnalisation, un pouvoir dogmatique (d’extrême droite, de droite ou de gauche…) pourra s’en emparer pour étendre cette notion à d’autres crimes ou délits…

La constitutionnalisation de l’état d’urgence, offre la possibilité pour tout pouvoir exécutif quel qu’il soit de le mettre en œuvre quand il veut, à tout moment et sans contrôle.

Le fait de constitutionnaliser l’état d’urgence et la déchéance de nationalité permet au gouvernement de se dispenser du contrôle de la constitutionnalité par le Conseil constitutionnel.

Et ainsi d’éviter que le Conseil constitutionnel puisse dire que la déchéance de nationalité n’est pas conforme à la Constitution ainsi qu’un certain nombre de mesures prévues par l’état d’urgence…

C’est donc un coup de force.

Un coup de force légal certes mais un coup de force quand même…

C’est inacceptable au nom des valeurs, c’est dangereux pour le futur.

On aurait pu s’attendre qu’un pouvoir de gauche, se rappelle que la gauche est d’abord un humanisme.

On aurait pu s’attendre d’un gouvernement de gauche qu’il, pour des mesures aussi exceptionnelles, s’entoure de toutes les garanties (contrôle par le Conseil constitutionnel, débats au sein de la société civile, avis de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme, avis du défenseur des droits…).

Ce gouvernement de gauche fait preuve d’un autoritarisme populiste.

Le peuple n’a pas toujours raison, le peuple fut souvent contre la démocratie dans certains pays, à certaines heures sombres de l’histoire…

La grandeur du politique est de savoir quelquefois aller à l’encontre de l’opinion et rappeler les valeurs et les principes.

Ce fut le cas de François Mitterrand lorsqu’il fit le nécessaire avec Robert Badinter pour que la peine de mort soit abolie en France.

Quelle sera la grandeur de ceux qui nous dirigent actuellement ? Que restera-t-il dans l’histoire ?

Le président de la République lorsqu’il était candidat aux élections présidentielles avait promis la constitutionnalisation de la loi de 1905 dans son article 1 et 2…

Il terminera son mandat par la constitutionnalisation de l’état d’urgence et la déchéance de nationalité.

Quelle tristesse et quelle déception.

Puisse cette année 2016 que chacun retrouve ses esprits et enfin, de manière rassemblée, clame avec force et vigueur, la force, la sagesse et la beauté de la République humaniste et démocratique.

ISLAM, FRONT NATIONAL, RÉPUBLIQUE

 

 

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Les attentats du 13 novembre dernier, intervenants en suite de ceux du 7 et 8 janvier 2015, ainsi que la montée du Front National, amènent les républicains à se confronter à deux défis.

1) Il convient que nous luttions contre l’intégrisme islamique, non-seulement le terrorisme mais le sectarisme qui tente, au nom d’une religion, d’imposer une conception de la société qui va totalement à l’encontre des valeurs des Lumières qui fondent encore aujourd’hui la République française.

La question qui nous est posée aujourd’hui dans toute son acuité est de savoir s’il s’agit d’une radicalité de l’islam ou, pour reprendre l’expression de l’historien Olivier Roy d’une islamisation de la radicalité ?

En tout état de cause ce combat ne doit pas être confondu avec un rejet des musulmans de France et de leur religion.

Il nous faut être vigilant quant aux amalgames, aux stigmatisations, et à la simplification.

Edgar Morin nous appelait à « penser la complexité du monde » et le monde est de plus en plus complexe.

Nous ne pouvons nier une réalité sociale et culturelle : la France est devenue un pays multiculturel.

Le multiculturalisme du XXIe siècle est le cosmopolitisme des idées et des êtres, nié avec véhémence par les ligues néofascistes des années 30.

Le cosmopolitisme était représenté par les juifs, dénoncé en tant que tel, aujourd’hui le multiculturalisme est représenté par les musulmans, nouveau bouc-émissaire du Front National….

Nous ne pouvons partager cette idéologie.

Le multiculturalisme est une chance pour la France et à cet égard il faut lire le beau livre de Mathias Enard, « Boussole », prix Goncourt, qui, avec érudition et talent, nous recommande de passer sans discontinuité de l’Orient à l’Occident et de l’Occident à l’Orient.

La culture, autre que le judéo-christianisme, doit être accueillie.

C’est en ce sens qu’il ne faut pas confondre communautarisme et multiculturalisme.

Le communautarisme ne s’inscrit pas dans la tradition républicaine française, le multiculturalisme peut être un apport fondamental à la rencontre, au dialogue et au rassemblement.

Ce qui interroge les républicains : a-t-on suffisamment écouté, entendu, compris, accueilli l’autre ?

La République ne peut exclure, interdire, tel ou tel individu parce qu’il n’est pas de la même religion, de la même origine, de la même culture…

La laïcité ne peut se contenter de l’autorité, elle doit aussi être partage et construire un vivre ensemble malgré nos différences.

Cela nécessite un effort de tous, une exigence.

Mais cela signifie aussi que les musulmans de France, comme l’ont fait l’Église catholique, les organismes officiels du judaïsme, les protestants, accompagnent leur religion à s’adapter au monde moderne et aux valeurs des Lumières.

Sur l’égalité hommes-femmes, sur des préceptes d’un autre age, sur la liberté à l’intérieur même de l’islam, il faut mettre un terme aux archaïsmes et obscurantismes.

Les musulmans de France doivent clairement exprimer qu’il n’appartient à aucune religion, pas plus à l’islam qu’à une autre, d’organiser, de normer la société à la seule aune de leurs croyances et de leurs pratiques…

À cet égard la réunion sous l’égide du Centre français du culte musulman de nombreuses associations dimanche 29 novembre est un pas important vers une évolution tant attendue de l’islam, étant toutefois rappelé que le catholicisme a, lui aussi, été une religion, au cours des âges, violente et qui interdit encore l’avortement, réticente quant à la contraception sans naturellement parler de son opposition au mariage des personnes du même sexe, etc.

La République doit ouvrir ses portes, les religions quelles qu’elles soient aussi.

Et c’est ensemble que nous pourrons alors de manière forte lutter contre la barbarie, cette bête immonde qui revient dans notre Histoire.

2) L’autre défi est la lutte sans merci que nous devons mener à l’égard de l’extrême droite française qui progresse, sur le fond de ces horreurs…

Le Front National n’est pas un parti laïque.

Le Front National est un parti qui puise ses sources idéologiques dans la défense de l’occident chrétien contre tous ceux qui n’en viennent pas, qui n’y appartiennent pas.

Le Front National est très proche du régime de Monsieur Poutine, car celui-ci s’est fait, par le biais de l’orthodoxie le défenseur de l’occident chrétien en Europe !

Les maires Front National ont démissionné de l’association des maires de France, au motif qu’ils n’acceptaient pas que cette association rappelle, à juste titre, que des crèches n’ont rien à faire dans les mairies… , démontrant par là que leur laïcité n’est qu’une catho-laïcité, et que, ce principe n’est qu’un prétexte pour le Front national de chasser de France tout ce qui n’est pas français « de pure souche »… c’est-à-dire d’origine chrétienne.

Le Front National refuse les musulmans, la République doit faire comprendre qu’elle est leur amie et qu’elle doit les protéger.

Le Front National n’est pas un parti républicain.

Combattre le Front National c’est lutter contre le terrorisme et la barbarie, avec les armes de la démocratie, et ne pas transformer l’état de droit en état d’urgence.

Combattre le Front National ce n’est pas reprendre ses mots et ses thèses.

Tout ce qui, de manière d’ailleurs totalement inefficace, augmente le caractère sécuritaire des Français est une mauvaise chose pour la démocratie et pour la République, et fait le lit des extrémismes.

Ce n’est pas en suspendant l’état de droit et l’application de la Convention européenne des droits de l’homme que l’on pourra réaffirmer les principes fondamentaux de la République, mais bien au contraire en appliquant, sous le contrôle du juge judiciaire, les règles républicaines.

Le FN se coule dans le monde de l’ordre moral et policier et d’un républicanisme autoritaire qui rappelle trop les heures sombres de notre Histoire.

Dans son programme, la Cour européenne des Droits de l’homme est récusée ainsi que le contrôle de la constitutionnalité des lois.

Le Front National prône une dictature de la majorité.

C’est la raison pour laquelle au soir du 13 décembre prochain, élections régionales obligent, la responsabilité des partis politiques de gauche et de droite sera grande si une région même pouvait être présidée par un membre du Front National.

Les républicains ici aussi doivent s’interroger.

En 2012, au second tour des élections présidentielles, Madame Le Pen faisait 17%.

En 2015, le Front National est estimé à 30% ! Cherchez l’erreur !

Que projet pour la jeunesse ? Quelles réalisations pour la réduction drastique des inégalités sociales et culturelles ? Quelles mains tendues pour empêcher la pauvreté grandissante, alors que tant de gens dorment dans la rue ? Réformer le Code du travail et rendre plus rentable les hôpitaux, allonger la durée du travail et l’âge de la retraite ? Est-ce un projet de société ? Et si la République redonnait envie de vivre pleinement la liberté, l’égalité et la fraternité ?

Il appartient par conséquent aux partis politiques républicains attachés à la démocratie et aux droits de l’homme de faire tout ce qui est en leur possible, désistement, fusion des listes, pour qu’aucune région ne puisse être présidée par le Front National dans dix jours…

Nos hommes et femmes politiques d’aujourd’hui en seront-ils capables, oubliant leurs petits calculs électoraux, pour défendre une certaine idée de la République ?

Face à la barbarie, au terrorisme, au sectarisme, à l’extrémisme, seul le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, le contrôle judiciaire de tout acte policier, la main tendue à celui et à celle qui ne vient pas de la même origine ou de la même culture, l’application avec discernement et fermeté des principes qui nous fondent depuis tant de siècles et en particulier à partir de 1789, une vraie considération pour l’être humain en dérive, en pauvreté, en précarité, laisseront un monde un peu meilleur, où l’on pourra sans crainte aimer, boire, penser, créer et danser.

L’OBSERVATOIRE INTERNATIONAL DE LA LAÏCITÉ CONTRE LES DÉRIVES COMMUNAUTAIRES.
Son Président,
Jean-Michel Quillardet

110e ANNIVERSAIRE DE LA LOI DU 9 DÉCEMBRE 1905

textes-legislatifs-iii-la-separation-des-eglises-et-de-l-etat-loi-du-9-decmebre-1905-e-dispositions-legislatives-qui-y-sont-versees-2e-edition-de-collectif-925600336_MLLe 9 décembre prochain, nous célébrerons le 110e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’État.

Puissions-nous, comme pour le centenaire en décembre 2005, nous rassembler tous pour clamer à nouveau le principe de laïcité dans la République française.

Nous rappelons à cet égard que le 9 décembre 2005, les obédiences maçonniques, à l’époque nous présidions le Grand Orient de France, remettaient au président de l’assemblée nationale, M. Jean-Louis Debré, les cahiers de laïcité reprenant les demandes du monde laïque, aujourd’hui toujours actuelles, telles que la fin du concordat, la création d’une journée officielle de la laïcité en France, l’enseignement de la laïcité à l’école, la constitutionnalisation de la loi de 1905…

L’après-midi même, une grande manifestation était organisée de la Bastille à Richelieu Drouot, réunissant les obédiences maçonniques adogmatiques et libérales, le Grand Orient de France en particulier, la Libre Pensée, la Ligue de l’Enseignement, la Ligue des Droits de l’homme, l’UFAL…

Tous les laïques, dans la dignité et très nombreux, rappelèrent ainsi que la laïcité est un bien précieux pour l’ensemble de la nation alors même qu’elle était à l’époque menacée notamment par le célèbre rapport Machelon…

À l’issue de cette manifestation plusieurs prises de paroles fortes eurent lieu, Marc Blondel pour la Libre Pensée, Jean-Michel Ducompte pour la Ligue de l’Enseignement, moi-même à l’époque pour le Grand Orient de France et, si des sensibilités différentes ont pu s’exprimer, le même « amour » de la laïcité était parfaitement entendu.

La presse écrite et audiovisuelle s’en faisait un large écho.

La veille, au siège du Grand Orient de France, en présence des associations laïques et obédiences européennes, Anne Hidalgo elle-même rappelait son attachement au principe de laïcité. Ce fut une belle journée…

Certes, le 110e anniversaire n’a pas la même force symbolique que le 100e, mais en cette époque troublée par des revendications identitaires et communautaristes de plus en plus prégnantes, après la tragédie du 7 janvier et les leçons qui n’ont pas été tirées du mouvement du 11 janvier 2015, alors même que le monde politique donne le triste spectacle de la surenchère et de la démagogie et que l’extrême droite confond laïcité et chasse aux musulmans, il nous paraît impératif de nous réunir à nouveau sous le mot d’ordre qui fut le nôtre en 2005 : « Vivre ensemble dans la République, malgré nos différences ».

L’OBSERVATOIRE INTERNATIONAL DE LA LAÏCITÉ CONTRE LES DÉRIVES COMMUNAUTAIRES.

Son Président,

Jean-Michel Quillardet

CHARTE DE LA LAÏCITÉ À L’ÉCOLE : ACCORD PARENTAL ET ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE

Vincent Peillon / Charte de la laïcité

Ayant été à l’initiative de la charte de la laïcité à l’école, idée reprise par le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, et ayant également étroitement participé à la rédaction de cette charte, il est important pour nous d’en suivre l’application.

L’idée de la charte de la laïcité était en effet un texte accessible à tous les élèves de l’enseignement primaire et secondaire, clair, net et précis, mais devant être commenté et explicité par les enseignants…

C’est dans ces conditions que le ministère de l’éducation nationale, sous l’autorité de Vincent Peillon, faisait préparer des outils pédagogiques destinés aux enseignants pour la lecture et l’explication de ladite charte.

Notre proposition était également d’annexer la charte de la laïcité au règlement intérieur de l’établissement.

Faut-il faire signer cette charte de la laïcité aux parents d’élèves ?

Nous pensons que cela est nécessaire.

En effet il est important que les parents d’élèves puissent également s’imprégner de cette charte, déclarer par leur signature qu’ils en ont pris connaissance et que cette charte est donc désormais une obligation juridique, tant pour leurs enfants que pour eux-mêmes, en tout cas, à l’intérieur de l’école de la République.

Il ne s’agit pas ici de stigmatiser ou de vouloir emprisonner les consciences de chacun et notamment les croyances religieuses des parents, mais d’affirmer un principe républicain, qui s’impose à tous quelles que soient les croyances et les non-croyances.

Pour les parents d’élèves qui refuseront de signer, il conviendra naturellement de ne pas les poursuivre et de traiter leurs enfants exactement comme les autres, mais au moins leur non-signature sera un signal, auquel il conviendra d’être attentif.

La signature des parents sera un symbole fort de l’adhésion à une œuvre commune.

Cette charte de la laïcité doit-elle par ailleurs s’imposer à l’enseignement catholique ?

Oui, la charte la laïcité doit être affichée dans tous les locaux des établissements d’enseignement catholique ou d’autres confessions sous contrat avec l’État.

Les enseignants sont payés par l’État et par conséquent ces établissements sont subventionnés de manière indirecte par les pouvoirs publics.

Les grands principes républicains doivent s’appliquer dans ces établissements qui par ailleurs ont l’obligation de suivre les programmes scolaires décidés par le ministère de l’Éducation nationale, alors même que les enseignants sont soumis au contrôle des inspecteurs de l’Éducation nationale.

Il n’y a donc aucune raison, en droit et en fait, pour que la charte de la laïcité ne soit pas affichée dans les établissements privés sous contrat avec l’État.

Il n’y a aucune raison non plus pour que cette charte de la laïcité ne soit pas signée par les parents d’élèves.

Mais évidemment les établissements confessionnels peuvent manifester leur caractère particulier et à cet égard ils peuvent afficher et faire signer par les parents d’élèves une déclaration concrétisant le caractère propre de l’établissement.

Rappelons à l’enseignement confessionnel sous contrat, la phrase de Lacordaire et Lamennais en 1830 :

« Nous demandons premièrement la liberté de conscience ou la liberté de religion, pleine, universelle, sans distinction comme sans privilège ; et par conséquent, en ce qui nous touche, nous catholiques, la totale séparation de l’Église et de l’État (…) ».

Jean-Michel QUILLARDET

Président de l’Observatoire International de la Laïcité

contre les dérives communautaires