Archive

Posts Tagged ‘amalgame’

ISLAM, FRONT NATIONAL, RÉPUBLIQUE

 

 

5337923_11-1-1727647867

Les attentats du 13 novembre dernier, intervenants en suite de ceux du 7 et 8 janvier 2015, ainsi que la montée du Front National, amènent les républicains à se confronter à deux défis.

1) Il convient que nous luttions contre l’intégrisme islamique, non-seulement le terrorisme mais le sectarisme qui tente, au nom d’une religion, d’imposer une conception de la société qui va totalement à l’encontre des valeurs des Lumières qui fondent encore aujourd’hui la République française.

La question qui nous est posée aujourd’hui dans toute son acuité est de savoir s’il s’agit d’une radicalité de l’islam ou, pour reprendre l’expression de l’historien Olivier Roy d’une islamisation de la radicalité ?

En tout état de cause ce combat ne doit pas être confondu avec un rejet des musulmans de France et de leur religion.

Il nous faut être vigilant quant aux amalgames, aux stigmatisations, et à la simplification.

Edgar Morin nous appelait à « penser la complexité du monde » et le monde est de plus en plus complexe.

Nous ne pouvons nier une réalité sociale et culturelle : la France est devenue un pays multiculturel.

Le multiculturalisme du XXIe siècle est le cosmopolitisme des idées et des êtres, nié avec véhémence par les ligues néofascistes des années 30.

Le cosmopolitisme était représenté par les juifs, dénoncé en tant que tel, aujourd’hui le multiculturalisme est représenté par les musulmans, nouveau bouc-émissaire du Front National….

Nous ne pouvons partager cette idéologie.

Le multiculturalisme est une chance pour la France et à cet égard il faut lire le beau livre de Mathias Enard, « Boussole », prix Goncourt, qui, avec érudition et talent, nous recommande de passer sans discontinuité de l’Orient à l’Occident et de l’Occident à l’Orient.

La culture, autre que le judéo-christianisme, doit être accueillie.

C’est en ce sens qu’il ne faut pas confondre communautarisme et multiculturalisme.

Le communautarisme ne s’inscrit pas dans la tradition républicaine française, le multiculturalisme peut être un apport fondamental à la rencontre, au dialogue et au rassemblement.

Ce qui interroge les républicains : a-t-on suffisamment écouté, entendu, compris, accueilli l’autre ?

La République ne peut exclure, interdire, tel ou tel individu parce qu’il n’est pas de la même religion, de la même origine, de la même culture…

La laïcité ne peut se contenter de l’autorité, elle doit aussi être partage et construire un vivre ensemble malgré nos différences.

Cela nécessite un effort de tous, une exigence.

Mais cela signifie aussi que les musulmans de France, comme l’ont fait l’Église catholique, les organismes officiels du judaïsme, les protestants, accompagnent leur religion à s’adapter au monde moderne et aux valeurs des Lumières.

Sur l’égalité hommes-femmes, sur des préceptes d’un autre age, sur la liberté à l’intérieur même de l’islam, il faut mettre un terme aux archaïsmes et obscurantismes.

Les musulmans de France doivent clairement exprimer qu’il n’appartient à aucune religion, pas plus à l’islam qu’à une autre, d’organiser, de normer la société à la seule aune de leurs croyances et de leurs pratiques…

À cet égard la réunion sous l’égide du Centre français du culte musulman de nombreuses associations dimanche 29 novembre est un pas important vers une évolution tant attendue de l’islam, étant toutefois rappelé que le catholicisme a, lui aussi, été une religion, au cours des âges, violente et qui interdit encore l’avortement, réticente quant à la contraception sans naturellement parler de son opposition au mariage des personnes du même sexe, etc.

La République doit ouvrir ses portes, les religions quelles qu’elles soient aussi.

Et c’est ensemble que nous pourrons alors de manière forte lutter contre la barbarie, cette bête immonde qui revient dans notre Histoire.

2) L’autre défi est la lutte sans merci que nous devons mener à l’égard de l’extrême droite française qui progresse, sur le fond de ces horreurs…

Le Front National n’est pas un parti laïque.

Le Front National est un parti qui puise ses sources idéologiques dans la défense de l’occident chrétien contre tous ceux qui n’en viennent pas, qui n’y appartiennent pas.

Le Front National est très proche du régime de Monsieur Poutine, car celui-ci s’est fait, par le biais de l’orthodoxie le défenseur de l’occident chrétien en Europe !

Les maires Front National ont démissionné de l’association des maires de France, au motif qu’ils n’acceptaient pas que cette association rappelle, à juste titre, que des crèches n’ont rien à faire dans les mairies… , démontrant par là que leur laïcité n’est qu’une catho-laïcité, et que, ce principe n’est qu’un prétexte pour le Front national de chasser de France tout ce qui n’est pas français « de pure souche »… c’est-à-dire d’origine chrétienne.

Le Front National refuse les musulmans, la République doit faire comprendre qu’elle est leur amie et qu’elle doit les protéger.

Le Front National n’est pas un parti républicain.

Combattre le Front National c’est lutter contre le terrorisme et la barbarie, avec les armes de la démocratie, et ne pas transformer l’état de droit en état d’urgence.

Combattre le Front National ce n’est pas reprendre ses mots et ses thèses.

Tout ce qui, de manière d’ailleurs totalement inefficace, augmente le caractère sécuritaire des Français est une mauvaise chose pour la démocratie et pour la République, et fait le lit des extrémismes.

Ce n’est pas en suspendant l’état de droit et l’application de la Convention européenne des droits de l’homme que l’on pourra réaffirmer les principes fondamentaux de la République, mais bien au contraire en appliquant, sous le contrôle du juge judiciaire, les règles républicaines.

Le FN se coule dans le monde de l’ordre moral et policier et d’un républicanisme autoritaire qui rappelle trop les heures sombres de notre Histoire.

Dans son programme, la Cour européenne des Droits de l’homme est récusée ainsi que le contrôle de la constitutionnalité des lois.

Le Front National prône une dictature de la majorité.

C’est la raison pour laquelle au soir du 13 décembre prochain, élections régionales obligent, la responsabilité des partis politiques de gauche et de droite sera grande si une région même pouvait être présidée par un membre du Front National.

Les républicains ici aussi doivent s’interroger.

En 2012, au second tour des élections présidentielles, Madame Le Pen faisait 17%.

En 2015, le Front National est estimé à 30% ! Cherchez l’erreur !

Que projet pour la jeunesse ? Quelles réalisations pour la réduction drastique des inégalités sociales et culturelles ? Quelles mains tendues pour empêcher la pauvreté grandissante, alors que tant de gens dorment dans la rue ? Réformer le Code du travail et rendre plus rentable les hôpitaux, allonger la durée du travail et l’âge de la retraite ? Est-ce un projet de société ? Et si la République redonnait envie de vivre pleinement la liberté, l’égalité et la fraternité ?

Il appartient par conséquent aux partis politiques républicains attachés à la démocratie et aux droits de l’homme de faire tout ce qui est en leur possible, désistement, fusion des listes, pour qu’aucune région ne puisse être présidée par le Front National dans dix jours…

Nos hommes et femmes politiques d’aujourd’hui en seront-ils capables, oubliant leurs petits calculs électoraux, pour défendre une certaine idée de la République ?

Face à la barbarie, au terrorisme, au sectarisme, à l’extrémisme, seul le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, le contrôle judiciaire de tout acte policier, la main tendue à celui et à celle qui ne vient pas de la même origine ou de la même culture, l’application avec discernement et fermeté des principes qui nous fondent depuis tant de siècles et en particulier à partir de 1789, une vraie considération pour l’être humain en dérive, en pauvreté, en précarité, laisseront un monde un peu meilleur, où l’on pourra sans crainte aimer, boire, penser, créer et danser.

L’OBSERVATOIRE INTERNATIONAL DE LA LAÏCITÉ CONTRE LES DÉRIVES COMMUNAUTAIRES.
Son Président,
Jean-Michel Quillardet

La laïcité n’a rien à voir avec l’immigration et l’intégration

COMMUNIQUÉ

Observatoire international de la laïcité

contre les dérives communautaires

Constitution au sein du Haut Conseil à l’intégration d’un groupe de travail sur la laïcité : la laïcité n’a rien à voir avec l’immigration et l’intégration.

Au moment où le Haut Conseil à l’intégration (HCI) met à l’étude un avis sur la laïcité, avec l’aide d’un groupe de réflexion et de proposition, l’Observatoire international de la laïcité contre les dérives communautaires met expressément en garde contre tout amalgame entre le respect de la laïcité et l’immigration. Cette mise en garde a d’ailleurs été rappelée par 25 Associations signataires d’un appel commun le 9 décembre 2010, jour anniversaire de la loi de 1905.

En effet, au moment où les tensions identitaires sont de plus en plus vives et que certain, au nom du principe de la laïcité, entendent uniquement mettre en cause ce qu’ils appellent « l’islamisation de la société », il est préjudiciable pour la laïcité qu’elle puisse être confondue avec la question de l’intégration et de l’immigration.

Il s’agit là d’une réduction néfaste du champ d’application de ce fondamental principe républicain.

L’intégration et l’immigration ne posent pas de problème à l’égard de la question de la laïcité, celle-ci n’étant mise en cause ni par l’immigration, ni par l’intégration.

La laïcité concerne tous les citoyens français, quels qu’ils soient et quelles que soient leurs origines, ainsi que tous ceux qui vivent sur le territoire national dans le respect de l’État de droit.

Vouloir uniquement la cantonner au regard des politiques d’intégration et d’immigration serait l’affirmation d’une forme de discrimination à l’égard de certains de nos compatriotes en vertu de leurs origines ou de leur religion.

Fait à Paris, le 17 décembre 2010

Pour l’O.I.L.C.D.C., son président,

Jean-Michel QUILLARDET