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DÉCHÉANCES

La constitutionnalisation de l’état d’urgence et de la déchéance de nationalité étendue proposée par le président de la République ne va pas dans le bon sens.

Contrairement à ce qu’a dit le Premier ministre, personne ne s’égare lorsque l’on s’oppose au nom des valeurs à des textes juridiques qui vont à l’encontre des principes fondamentaux de la République et de la démocratie.

On ne combat pas l’extrême droite française en reprenant purement et simplement ses thèses, c’est au contraire la cautionner et la légitimer.

On ne combat pas le terrorisme en suspendant les règles démocratiques, car c’est le but poursuivi par le terrorisme lui-même.

On ne combat pas le sectarisme en faisant de l’État de droit un État d’exception.

Ce que cherchent les terroristes islamistes, c’est que l’on réponde à leur violence aveugle par une même violence pour déstabiliser notre société fondée depuis 1789, sur le respect des libertés individuelles et collectives.

Ce que l’extrême droite française cherche, c’est mettre en place un régime autoritaire, pouvant imposer le point de vue du pouvoir exécutif à tout moment et en toutes circonstances faisant fi des droits des minorités.

Si l’extension de la déchéance de nationalité ne pose pas de problème en soi face aux barbares, elle n’en est pas moins un risque majeur pour l’évolution de nos sociétés.

Frappé au marbre même de la Constitution de la République française, elle restera pour toujours un symbole de cette distinction entre les Français dit de souche et ceux qui ne le sont pas tout à fait…

À partir de cette constitutionnalisation, un pouvoir dogmatique (d’extrême droite, de droite ou de gauche…) pourra s’en emparer pour étendre cette notion à d’autres crimes ou délits…

La constitutionnalisation de l’état d’urgence, offre la possibilité pour tout pouvoir exécutif quel qu’il soit de le mettre en œuvre quand il veut, à tout moment et sans contrôle.

Le fait de constitutionnaliser l’état d’urgence et la déchéance de nationalité permet au gouvernement de se dispenser du contrôle de la constitutionnalité par le Conseil constitutionnel.

Et ainsi d’éviter que le Conseil constitutionnel puisse dire que la déchéance de nationalité n’est pas conforme à la Constitution ainsi qu’un certain nombre de mesures prévues par l’état d’urgence…

C’est donc un coup de force.

Un coup de force légal certes mais un coup de force quand même…

C’est inacceptable au nom des valeurs, c’est dangereux pour le futur.

On aurait pu s’attendre qu’un pouvoir de gauche, se rappelle que la gauche est d’abord un humanisme.

On aurait pu s’attendre d’un gouvernement de gauche qu’il, pour des mesures aussi exceptionnelles, s’entoure de toutes les garanties (contrôle par le Conseil constitutionnel, débats au sein de la société civile, avis de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme, avis du défenseur des droits…).

Ce gouvernement de gauche fait preuve d’un autoritarisme populiste.

Le peuple n’a pas toujours raison, le peuple fut souvent contre la démocratie dans certains pays, à certaines heures sombres de l’histoire…

La grandeur du politique est de savoir quelquefois aller à l’encontre de l’opinion et rappeler les valeurs et les principes.

Ce fut le cas de François Mitterrand lorsqu’il fit le nécessaire avec Robert Badinter pour que la peine de mort soit abolie en France.

Quelle sera la grandeur de ceux qui nous dirigent actuellement ? Que restera-t-il dans l’histoire ?

Le président de la République lorsqu’il était candidat aux élections présidentielles avait promis la constitutionnalisation de la loi de 1905 dans son article 1 et 2…

Il terminera son mandat par la constitutionnalisation de l’état d’urgence et la déchéance de nationalité.

Quelle tristesse et quelle déception.

Puisse cette année 2016 que chacun retrouve ses esprits et enfin, de manière rassemblée, clame avec force et vigueur, la force, la sagesse et la beauté de la République humaniste et démocratique.