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ISLAM, FRONT NATIONAL, RÉPUBLIQUE

 

 

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Les attentats du 13 novembre dernier, intervenants en suite de ceux du 7 et 8 janvier 2015, ainsi que la montée du Front National, amènent les républicains à se confronter à deux défis.

1) Il convient que nous luttions contre l’intégrisme islamique, non-seulement le terrorisme mais le sectarisme qui tente, au nom d’une religion, d’imposer une conception de la société qui va totalement à l’encontre des valeurs des Lumières qui fondent encore aujourd’hui la République française.

La question qui nous est posée aujourd’hui dans toute son acuité est de savoir s’il s’agit d’une radicalité de l’islam ou, pour reprendre l’expression de l’historien Olivier Roy d’une islamisation de la radicalité ?

En tout état de cause ce combat ne doit pas être confondu avec un rejet des musulmans de France et de leur religion.

Il nous faut être vigilant quant aux amalgames, aux stigmatisations, et à la simplification.

Edgar Morin nous appelait à « penser la complexité du monde » et le monde est de plus en plus complexe.

Nous ne pouvons nier une réalité sociale et culturelle : la France est devenue un pays multiculturel.

Le multiculturalisme du XXIe siècle est le cosmopolitisme des idées et des êtres, nié avec véhémence par les ligues néofascistes des années 30.

Le cosmopolitisme était représenté par les juifs, dénoncé en tant que tel, aujourd’hui le multiculturalisme est représenté par les musulmans, nouveau bouc-émissaire du Front National….

Nous ne pouvons partager cette idéologie.

Le multiculturalisme est une chance pour la France et à cet égard il faut lire le beau livre de Mathias Enard, « Boussole », prix Goncourt, qui, avec érudition et talent, nous recommande de passer sans discontinuité de l’Orient à l’Occident et de l’Occident à l’Orient.

La culture, autre que le judéo-christianisme, doit être accueillie.

C’est en ce sens qu’il ne faut pas confondre communautarisme et multiculturalisme.

Le communautarisme ne s’inscrit pas dans la tradition républicaine française, le multiculturalisme peut être un apport fondamental à la rencontre, au dialogue et au rassemblement.

Ce qui interroge les républicains : a-t-on suffisamment écouté, entendu, compris, accueilli l’autre ?

La République ne peut exclure, interdire, tel ou tel individu parce qu’il n’est pas de la même religion, de la même origine, de la même culture…

La laïcité ne peut se contenter de l’autorité, elle doit aussi être partage et construire un vivre ensemble malgré nos différences.

Cela nécessite un effort de tous, une exigence.

Mais cela signifie aussi que les musulmans de France, comme l’ont fait l’Église catholique, les organismes officiels du judaïsme, les protestants, accompagnent leur religion à s’adapter au monde moderne et aux valeurs des Lumières.

Sur l’égalité hommes-femmes, sur des préceptes d’un autre age, sur la liberté à l’intérieur même de l’islam, il faut mettre un terme aux archaïsmes et obscurantismes.

Les musulmans de France doivent clairement exprimer qu’il n’appartient à aucune religion, pas plus à l’islam qu’à une autre, d’organiser, de normer la société à la seule aune de leurs croyances et de leurs pratiques…

À cet égard la réunion sous l’égide du Centre français du culte musulman de nombreuses associations dimanche 29 novembre est un pas important vers une évolution tant attendue de l’islam, étant toutefois rappelé que le catholicisme a, lui aussi, été une religion, au cours des âges, violente et qui interdit encore l’avortement, réticente quant à la contraception sans naturellement parler de son opposition au mariage des personnes du même sexe, etc.

La République doit ouvrir ses portes, les religions quelles qu’elles soient aussi.

Et c’est ensemble que nous pourrons alors de manière forte lutter contre la barbarie, cette bête immonde qui revient dans notre Histoire.

2) L’autre défi est la lutte sans merci que nous devons mener à l’égard de l’extrême droite française qui progresse, sur le fond de ces horreurs…

Le Front National n’est pas un parti laïque.

Le Front National est un parti qui puise ses sources idéologiques dans la défense de l’occident chrétien contre tous ceux qui n’en viennent pas, qui n’y appartiennent pas.

Le Front National est très proche du régime de Monsieur Poutine, car celui-ci s’est fait, par le biais de l’orthodoxie le défenseur de l’occident chrétien en Europe !

Les maires Front National ont démissionné de l’association des maires de France, au motif qu’ils n’acceptaient pas que cette association rappelle, à juste titre, que des crèches n’ont rien à faire dans les mairies… , démontrant par là que leur laïcité n’est qu’une catho-laïcité, et que, ce principe n’est qu’un prétexte pour le Front national de chasser de France tout ce qui n’est pas français « de pure souche »… c’est-à-dire d’origine chrétienne.

Le Front National refuse les musulmans, la République doit faire comprendre qu’elle est leur amie et qu’elle doit les protéger.

Le Front National n’est pas un parti républicain.

Combattre le Front National c’est lutter contre le terrorisme et la barbarie, avec les armes de la démocratie, et ne pas transformer l’état de droit en état d’urgence.

Combattre le Front National ce n’est pas reprendre ses mots et ses thèses.

Tout ce qui, de manière d’ailleurs totalement inefficace, augmente le caractère sécuritaire des Français est une mauvaise chose pour la démocratie et pour la République, et fait le lit des extrémismes.

Ce n’est pas en suspendant l’état de droit et l’application de la Convention européenne des droits de l’homme que l’on pourra réaffirmer les principes fondamentaux de la République, mais bien au contraire en appliquant, sous le contrôle du juge judiciaire, les règles républicaines.

Le FN se coule dans le monde de l’ordre moral et policier et d’un républicanisme autoritaire qui rappelle trop les heures sombres de notre Histoire.

Dans son programme, la Cour européenne des Droits de l’homme est récusée ainsi que le contrôle de la constitutionnalité des lois.

Le Front National prône une dictature de la majorité.

C’est la raison pour laquelle au soir du 13 décembre prochain, élections régionales obligent, la responsabilité des partis politiques de gauche et de droite sera grande si une région même pouvait être présidée par un membre du Front National.

Les républicains ici aussi doivent s’interroger.

En 2012, au second tour des élections présidentielles, Madame Le Pen faisait 17%.

En 2015, le Front National est estimé à 30% ! Cherchez l’erreur !

Que projet pour la jeunesse ? Quelles réalisations pour la réduction drastique des inégalités sociales et culturelles ? Quelles mains tendues pour empêcher la pauvreté grandissante, alors que tant de gens dorment dans la rue ? Réformer le Code du travail et rendre plus rentable les hôpitaux, allonger la durée du travail et l’âge de la retraite ? Est-ce un projet de société ? Et si la République redonnait envie de vivre pleinement la liberté, l’égalité et la fraternité ?

Il appartient par conséquent aux partis politiques républicains attachés à la démocratie et aux droits de l’homme de faire tout ce qui est en leur possible, désistement, fusion des listes, pour qu’aucune région ne puisse être présidée par le Front National dans dix jours…

Nos hommes et femmes politiques d’aujourd’hui en seront-ils capables, oubliant leurs petits calculs électoraux, pour défendre une certaine idée de la République ?

Face à la barbarie, au terrorisme, au sectarisme, à l’extrémisme, seul le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, le contrôle judiciaire de tout acte policier, la main tendue à celui et à celle qui ne vient pas de la même origine ou de la même culture, l’application avec discernement et fermeté des principes qui nous fondent depuis tant de siècles et en particulier à partir de 1789, une vraie considération pour l’être humain en dérive, en pauvreté, en précarité, laisseront un monde un peu meilleur, où l’on pourra sans crainte aimer, boire, penser, créer et danser.

L’OBSERVATOIRE INTERNATIONAL DE LA LAÏCITÉ CONTRE LES DÉRIVES COMMUNAUTAIRES.
Son Président,
Jean-Michel Quillardet

La religion à la rescousse de la laïcité

Suite à la déclaration de la Conférence des responsables de culte en France, la journaliste Hélène Rouquette-Valeins publie aujourd’hui dans le quotidien régional Sud Ouest, un article intitulé « La religion à la rescousse de la laïcité ». Les religieux rejettent le débat. Le président de l’Observatoire de la laïcité s’interroge sur la place des religions dans la sphère publique en France.

En janvier 2008, pour les vœux aux autorités religieuses, Mgr Vingt-Trois, le pasteur Baty et le métropolite Emmanuel rendaient visite à Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, les mêmes signent un appel en compagnie du grand rabbin Bernheim, de M. Moussaoui et du révérend Wang-Genh. AFP

Ils sont six mais ont signé comme un seul homme (voir la liste des signataires à la fin de la déclaration de la Conférence des responsables de culte en France). La Conférence des responsables de culte en France – qui regroupe les six instances responsables du bouddhisme, des églises chrétiennes (catholique, orthodoxe, protestante), de l’islam et du judaïsme – refuse de participer au débat sur la laïcité maintenu le 5 avril prochain par Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP.

Ses membres l’ont fait savoir dans une tribune intitulée « Débat sur la laïcité : sérénité et vigilance », dans laquelle ils appellent à « ne pas dilapider ce précieux acquis » qu’est selon eux la laïcité à la française. Tout en haussant courtoisement le ton, les religieux montrent qu’ils ne sont pas dupes. Le débat soutenu par Nicolas Sarkozy, mais dont Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, estime qu’il « n’est pas le premier sujet qui préoccupe les Français » cache, selon Jean-Michel Quillardet, président de l’Observatoire de la laïcité et ancien grand maître du Grand Orient de France, « une volonté un peu sourde du chef de l’État de modifier sans le dire la loi de 1905 ».

Il souligne l’aspect positif de la tribune libre écrite par les religieux. Elle montre selon lui qu’ils ne veulent pas être instrumentalisés et se méfient de ce débat, qui cache en fait un débat sur l’islam lancé dans la course à l’échalote que l’UMP a engagée avec le FN. « Néanmoins, souligne-t-il, à la lecture de ce texte quelque chose me paraît inquiétant. » (…)

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